Le vrai partage n'est pas le nombre de pages
On classe souvent les projets par taille : cinq pages c'est une vitrine, cinquante c'est une plateforme. C'est un mauvais critère. Un site de trois pages qui enregistre des inscriptions est une plateforme, et un site de quarante pages purement éditoriales reste une vitrine.
Le bon critère est la mémoire. Une vitrine affiche un contenu que vous avez décidé à l'avance et le sert à tout le monde de la même façon. Une plateforme enregistre ce que font les visiteurs et le restitue : un compte, une réservation, un panier, un dossier, un historique.
Dès qu'un visiteur produit une donnée que quelqu'un devra consulter plus tard, vous avez besoin d'une base, d'une interface d'administration, d'une politique de sauvegarde et d'une réflexion sur les données personnelles. C'est un autre projet, et un autre budget.
Les signaux que vous avez dépassé la vitrine
Un formulaire qui arrive par e-mail est encore une vitrine. Le jour où quelqu'un demande combien de demandes sont arrivées ce mois-ci, ou qui n'a pas encore été rappelé, l'e-mail ne suffit plus : il faut une base et un écran pour la lire.
Autres signaux : plusieurs personnes doivent voir des choses différentes selon leur rôle, un contenu doit être publié à une date, un stock ou une disponibilité doit être exact à l'instant, ou un client doit retrouver son propre historique en se connectant.
Chacun de ces points, pris isolément, semble une petite fonctionnalité. Mis ensemble, ils décrivent une application. C'est la raison pour laquelle un projet démarré en vitrine dérape : les demandes arrivent une par une et personne ne voit qu'elles dessinent autre chose.
Le piège de la vitrine qui devient plateforme
Le scénario coûteux est toujours le même. Le site est construit comme une vitrine, sans base de données ni comptes, puis on ajoute une fonctionnalité, puis une autre. Chaque ajout est greffé sur un socle qui n'était pas prévu pour, et au bout de quelques mois le coût de la fonctionnalité suivante dépasse ce qu'aurait coûté un socle correct au départ.
L'inverse existe aussi et coûte cher également : construire une plateforme pour un besoin de vitrine. On paye une architecture de comptes et de rôles que personne n'utilise, et on met trois mois à mettre en ligne ce qui aurait pris trois semaines.
La seule façon d'éviter les deux est de décider explicitement, au moment du cadrage, ce que le site devra mémoriser. Cette question tient en une phrase et évite les deux erreurs.
Comment passer de la vitrine à la plateforme
Si vous êtes clairement en vitrine aujourd'hui mais que le besoin viendra, la bonne stratégie n'est pas de tout construire tout de suite. C'est de livrer la vitrine sur un socle capable d'accueillir la suite : un vrai environnement de développement, un dépôt de code, un hébergement qui accepte une base de données, et un découpage du contenu qui ne suppose pas qu'il restera figé.
Le surcoût de cette précaution est faible. Le surcoût de son absence, lui, se compte en refonte complète.
Le comparatif
| Critère | Site vitrine | Plateforme métier |
|---|---|---|
| Ce que le site mémorise | Rien, le contenu est décidé à l'avance | Ce que produisent les visiteurs |
| Base de données | Souvent inutile | Indispensable |
| Interface d'administration | Édition de contenu | Écrans métier et rôles |
| Comptes utilisateurs | Aucun | Authentification et permissions |
| Données personnelles | Formulaire de contact | Traitement à déclarer et à sécuriser |
| Délai typique | Trois à six semaines | Deux à six mois |
| Poste de coût principal | Design et contenu | Logique métier et back-office |
En résumé
Vous êtes en vitrine si le site présente, explique et met en relation, et si toutes les demandes peuvent partir par e-mail sans que personne n'ait besoin de les compter.
Vous êtes en plateforme dès qu'une donnée produite par un visiteur doit être relue, filtrée ou modifiée par quelqu'un d'autre. Le budget et le calendrier changent alors d'échelle, et mieux vaut le savoir au cadrage qu'au troisième avenant.
Dans le doute, faites la liste de ce que quelqu'un devra pouvoir consulter dans six mois. Si la liste est vide, c'est une vitrine.